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	<title>Diffractions</title>
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	<description>Art, philosophie, politique</description>
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		<title>Diffractions</title>
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		<title>Les enfants de don Quichotte</title>
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		<pubDate>Wed, 12 Dec 2007 10:51:49 +0000</pubDate>
		<dc:creator>diffractions</dc:creator>
				<category><![CDATA[Lieux communs]]></category>
		<category><![CDATA[Littérature ?]]></category>
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			<content:encoded><![CDATA[<p>A supposer que vous soyez au fond d’une cellule de prison, en train de lire un livre à la lumière d’une fin d’après midi d’automne qui diffuse par un soupirail, et que ce livre vous informe des sentiments de tel ou tel des personnages qu’il met en scène, il faudrait sans doute dire que, dans la situation qui est la vôtre, le <em>réel</em> est composé des objets matériels qui vous entoure (ce lit sans matelas, ce bidet sur lequel vous êtes assis, ce lavabo à la faïence éclatée, ces murs balafrés du décompte des jours et cette porte lourde, trop bien fermée), mais que le <em>sens</em> que déroulent les mots sur la page que vous avez froissé sous le coup de l’émotion, fussent-ils composés dans des phrases absolument véridiques, relève, lui, de l’imaginaire ou, pour le dire mieux et à considérer la surface intelligible d’un bout de monde réductible à un volume usagé dont les feuillets sont recouverts de séries parallèles de traces noires, de la <em>fiction</em>.</p>
<p>Reprenez votre souffle.<br />
Vous êtes devant votre ordinateur et, comme d’autres clochards de l’Être, un des enfants de <em>Don Quichotte</em> : vous avez trop lu le Bescherelle, et prenez, sinon les ailes placides d’un moulin pour une armée de chevaliers, quelques tâches d’encre pour la description d’un monde auquel vous portez foi ; vous trouez dans la réalité des brèches, au fond desquels vous croyez découvrir des bulles de sens ; cette activité se nomme, disons le, la lecture et, si toute lecture peut, comme je voudrais le croire, s’analyser, dans la mesure où toute interprétation est le déni d’un réel aphone et simplement rempli d’une poussière étouffante, comme une mystification (du sens), il faut dire que sur l’échelle de cette mystification le roman, à l’exclusion de tous les autres genres d’écrit et dans la mesure où naissant avec Cervantès il se veut la mise en scène critique de cette mystification (par opposition à l’épopée, ou à la chanson de geste) ou plutôt : l’autodénégation de ce dispositif – la mise à nue de la mariée –, que le roman, dis-je, est un opérateur de <em>distanciation</em>. Comme dans le théâtre brechtien, le roman dénonce l’espace fictionnel qu’il s’évertue pourtant à construire : <em>Don Quichotte</em>, qui devait sonner le glas du mythe, fut l’origine d’un genre dont l’histoire n’est que le déroulement de son programme, comme si la cloche n’en finissait pas de carillonner : <em>Madame Bovary</em> en est la meilleure preuve, mais aussi <em>Le Château</em> de Kafka (et tous les autres romans (à l’exception des romans qui, ne mettant pas en scène cette réflexivité d’une manière ou d’une autre et se contentant de poursuivre le mensonge de la fiction, doivent plutôt être nommées des <em>salades</em>)).<br />
Où l’on conclut que le genre romanesque se définit comme la synthèse (fort boiteuse) de la <em>République</em> (de Platon, qui condamne l’art en général en tant que <em>fiction</em>) et de son autre : le mythe et la philosophie ensemble, comme les deux extrémités enroulées tête et queue d’un serpent se la mordant. Il faut dire encore ce qu’est un mythe et, surtout, ce qu’est la différence entre un <em>mythe</em> et une <em>salade</em>, dans leur rapport à la fiction et au réel. Le mythe est, si l’on peut dire, une <em>salade métaphysique</em>, ou encore une fiction ayant pour ambition de dire ce qu’est l’être, à travers un récit des origines ou de l’origine – c’est-à-dire de dire l’être sous la forme figurée de l’histoire (en cela, le mythe est un roman non conscient de soi : <em>il sait que l’être est fiction</em>, histoire, <em>mais il ne sait pas pourquoi</em>). Platon repousse le mythe au nom de la connaissance réelle des essences, ce qui signifie : 1. que le mythe est d’autant plus dangereux pour la philosophie qu’il joue sur son territoire à elle, c’est-à-dire qu’elle prétend à la vérité ; 2. que la philosophie refuse la mystification que cette prétention à la vérité induit<a name="_ftnref1" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftn1" title="_ftnref1"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:12pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[1]</span></span></span></span></a><font face="Times New Roman">, </font>mystification à laquelle, pendant un bon bout de l’histoire (disons, du <em>Natura Rerum</em> de Lucrèce au <em>Tractatus</em> de Wittgenstein, en passant par Spinoza et Rousseau – qui avait la décence de ne pas écrire de romans), elle aura donné son nom.</p>
<p>Le roman réunit ces deux postulats pourtant impossibles à réunir : l’être est fiction et la fiction est mystification – les <em>salades</em> contemporaines n’étant dans leur parfaite inanité que la projection du roman dans la terre désolée du spectacle, puisqu’elles ne portent (tant s’en faut) aucun discours sur l’être ni aucune critique de la mystification – <em>dont elle ne sont d’ailleurs pas l’opérateur</em> : don Quichotte sortirait aujourd’hui d’un livre comme d’une machine à titiller l’imaginaire, <em>diverti</em> (mais c’est tout), et il irait vaquer à ses occupations. La <em>salade</em>, comme production exemplaire des sociétés dépressives, peut donc se concevoir la projection du roman dans le nihilisme : désamorcé. Lire une salade, c’est dormir les yeux ouverts : on n’y croit pas, mais à la plage, dans le métro ça fait perdre du temps (et c’est déjà pas mal).<br />
Nous sommes dans une société de salades, non de mythes ; il ne doit plus être question, pour le roman, de porter le soupçon sur ce genre d’objets inoffensifs ; ou encore : <em>la fiction n’est plus un opérateur de mystification</em>. Mais nous ne sommes pas aussi nihilistes que nous aimerions l’être (que notre vanité nous porterait à le croire) : les mystifications nous entraînent encore, partout ; les mythes sont devenues des mythologies larvées, et l’on se noie toujours, où ça ? dans le langage. Car, à vrai dire que vous lisiez, du fond de votre trou, un roman, le journal ou une lettre d’amour, simplement que vous lisiez, vous ne différez pas d’un athénien écoutant les tribulations d’Ulysse : la réalité de ce que l’on vous raconte, l’effet de réel comme disait l’autre, est le même, la mystification tout aussi efficace : vous vous détournez du réel, vous vous noyez dans les phrases. Car, évidemment, c’est la phrase (comme multiplicité ordonnée de significations) qui <em>est la mystification même</em>, dans la mesure où <em>elle l’opérateur du sens</em> (jusque au fond du chaos) Le langage, c’est ce milieu dans lequel nous baignons et qui greffe sur toutes choses un sens qui leur fait (évidemment) défaut ; autant dire que nous n’avons jamais accès au <em>réel</em>, mais à une <em>réalité</em> déjà informée, catégorisée, grammaticalisée<a name="_ftnref2" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftn2" title="_ftnref2"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:12pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[2]</span></span></span></span></a><font face="Times New Roman"> </font>et vocabularisée : vous n’êtes pas dans une prison, sinon dans une prison de mots, plantée au milieu du néant de l’être (paradoxe).<br />
A ce titre le roman classique (disons de Cervantès à Philip Roth) est bien impuissant avec ses histoires distrayantes d’écrivains paumés et de lecteurs aliénés, pour dénoncer (lui donner son nom) au lecteur ce qui le ronge (le sens, comme <em>cancer de la conscience</em>, ce qui peut se dire : l’impossibilité tragique d’être vraiment nihiliste) car : il ne lui fait pas opérer un va-et-vient entre le réel et la fiction (par exemple les traces sur le papier et le moulin), mais entre <em>deux niveaux de fiction</em> (les moulins et les chevaliers, Elizabeth Costello comme personnage de Coetzee et les personnages des romans qu’elle est censée avoir écrit) ; quoi qu’il en soit la phrase n’est pas en tant que tel ce sur quoi il porte le soupçon – soupçon de l’<em>imaginaire</em>, mais pas encore du<em> symbolique</em> lui-même<a name="_ftnref3" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftn3" title="_ftnref3"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:12pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[3]</span></span></span></span></a><font face="Times New Roman">.</font></p>
<p><font face="Times New Roman"><br />
</font>Soupçon engagé pourtant dès avant le recours aux vaticinations contre-performatives d’une philosophie tâchant pathétiquement de se constituer comme métalangage, par la poésie de Mallarmé (se confiant ce que le roman n’avait pas les moyens de mettre en œuvre à l’époque, mais qui est devenu pour lui possible avec Joyce et Beckett) dont le programme<a name="_ftnref4" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftn4" title="_ftnref4"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:12pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[4]</span></span></span></span></a><font face="Times New Roman"> </font>était à cet égard exemplaire et reste à mes yeux indépassé : <em>faire l’expérience</em> (en pure perte), sur l’espace d’une page vite lue, <em>d’une mystification condensée</em> d’un monde (c’est-à-dire d’une <em>réalité</em> réduite à la <em>fiction </em>du sens) réduit à son squelette, qui se déploie, qui se dénonce et, comme une vague ravalée par la mer, qui se retire en laissant derrière lui le néant<a name="_ftnref5" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftn5" title="_ftnref5"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:12pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[5]</span></span></span></span></a><font face="Times New Roman"> </font>du réel.</p>
<p><font face="Times New Roman">P. V.</p>
<hr SIZE="1" width="33%" align="left" /></font></p>
<p style="margin:0;" class="MsoFootnoteText"><a name="_ftn1" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftnref1" title="_ftn1"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:10pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[1]</span></span></span></span></a><font size="2" face="Times New Roman"> <em>Cf</em>. Platon, <em>République</em>, X : « Il trompera les enfants et les hommes privés de raison, parce qu’il aura donné à sa peinture l’apparence d’un charpentier véritable. »</font></p>
<p style="margin:0;" class="MsoFootnoteText"><a name="_ftn2" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftnref2" title="_ftn2"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:10pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[2]</span></span></span></span></a><font size="2"><font face="Times New Roman"> <em>Cf.</em> le très éclairant article de Benveniste sur l’ontologie d’Aristote dans les <em>Problèmes de linguistique générale.</em></font></font></p>
<p style="text-align:justify;margin:0;" class="MsoFootnoteText"><a name="_ftn3" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftnref3" title="_ftn3"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:10pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[3]</span></span></span></span></a><font size="2" face="Times New Roman"> Sur les rapports entre Réel, Imaginaire et Symbolique, <em>cf</em>. J.-C. Milner, <em>Les Noms indistincts</em>, réédité en Verdier poche.</font></p>
<p style="margin:0;" class="MsoFootnoteText"><a name="_ftn4" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftnref4" title="_ftn4"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:10pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[4]</span></span></span></span></a><font size="2" face="Times New Roman"> Mis en place dans les <em>Divagations</em> (notamment dans « Mimique », « Crise de Vers » ou dans « La Musique et les Lettres ») et dont le <em>Coup de dés</em> est la meilleure réalisation.</font></p>
<p style="margin:0;" class="MsoFootnoteText"><a name="_ftn5" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-includes/js/tinymce/blank.htm#_ftnref5" title="_ftn5"><span class="MsoFootnoteReference"><span><span class="MsoFootnoteReference"><span style="font-size:10pt;font-family:'Times New Roman','serif';">[5]</span></span></span></span></a><font size="2" face="Times New Roman"> <em>Cf</em>. Mallarmé, la lettre à Cazalis du 28 avril 1866 : « …en creusant le vers, j’ai rencontré deux abîmes, qui me désespèrent. L’un est le Néant… »</font></p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/diffractions.wordpress.com/68/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/diffractions.wordpress.com/68/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/diffractions.wordpress.com/68/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/diffractions.wordpress.com/68/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=diffractions.wordpress.com&amp;blog=1110109&amp;post=68&amp;subd=diffractions&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>Sens et situation.</title>
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		<pubDate>Sun, 11 Nov 2007 17:40:06 +0000</pubDate>
		<dc:creator>diffractions</dc:creator>
				<category><![CDATA[Epistémo]]></category>
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		<category><![CDATA[Sémantique]]></category>

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		<description><![CDATA[            Le JDD titrait il y a quelques temps déjà (Vendredi 22 Juin 2007 &#8211; une éternité&#8230;) :       « Emeutes à Cergy, silence radio »            « Des violences urbaines ont eu lieu dimanche 17 juin au soir à Cergy-Pontoise, sans trouver de couverture médiatique, si ce n&#8217;est dans l&#8217;édition locale du Parisien. Dans son édition du samedi 23 [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=diffractions.wordpress.com&amp;blog=1110109&amp;post=65&amp;subd=diffractions&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify">            Le JDD titrait il y a quelques temps déjà (Vendredi 22 Juin 2007 &#8211; une éternité&#8230;) :</p>
<h1>      « Emeutes à Cergy, silence radio »</h1>
<p align="justify"><strong>           « Des violences urbaines ont eu lieu dimanche 17 juin au soir à Cergy-Pontoise, sans trouver de couverture médiatique, si ce n&#8217;est dans l&#8217;édition locale du <em>Parisien</em>. Dans son édition du samedi 23 juin, <em>Le Monde</em> revient sur ces événements, qualifiés de &#8220;<em>graves</em>&#8221; et pourtant passés sous silence. »</strong></p>
<p align="justify">             Mais que s&#8217;est-il réellement passé à Cergy, qui soit passé inaperçu des grands médias ?</p>
<p align="justify">            Mais c&#8217;est <em>évident </em>: une série de violences, une émeute, joliment mais vaguement qualifiées d&#8217;urbaines. La situation, de même, que connut la France en 2005, lorsqu&#8217;elle se couvrit de milliers de feux de la saint Jean, que le Kärcher sarkozien, en une poétique inversion de ses effets, avait contribué à attiser, fut présentée comme une succession d&#8217;émeutes urbaines, et certains agitèrent même, au plus fort des réjouissances, le spectre, bien improbable d&#8217;ailleurs, d&#8217;une guerre civile.</p>
<p align="justify">          Jeunes de banlieue, véhicules et poubelles incendiés, casseurs, forces de l&#8217;ordre, riverains apeurés et choqués : émeute urbaine, voire guerre civile. La succession des <em>faits</em> et des <em>acteurs</em> de la situation est non seulement évidente, elle est <em>logique</em>. Elle est logique parce qu&#8217;évidente. Il conviendrait peut-être de démêler les fils précisément, dont se trame cette situation.</p>
<p>            Qu&#8217;est-ce donc que l&#8217;on appelle une situation ?</p>
<p align="justify">            Une situation, c&#8217;est l&#8217;ensemble des faits, personnages ou acteurs, éléments matériels, temporels et spatiaux (scénographiques), bref, tous les ingrédients qui composent une représentation possible, donnant un sens à une interaction entre plusieurs individus (Goffman). Plus précisément, la situation est le sens de cette interaction, et définit donc aussi le statut et le rôle à jouer de tous les participants. Autant dire qu&#8217;une situation, c&#8217;est ce qui permet de définir un ensemble de rôles à jouer, d&#8217;acteurs qui occupent une position dans un espace matériel aussi bien qu&#8217;idéologique (ou conceptuel, si l&#8217;on veut être plus consensuel), qui effectuent une série d&#8217;actions dont la succession trame le sens de la représentation. Du point de vue de l&#8217;observateur, la situation est donc l&#8217;espace de dicibilité d&#8217;une signification reconnue, en train d&#8217;être actualisée : que <em>se passe-t-il ici, en ce moment </em>? Le fait même de pouvoir répondre manifeste que la situation est définie, ou du moins définissable : des gens font la queue, nous jouons à la pétanque, etc. </p>
<p align="justify">            La situation définit donc un espace de jeu. C&#8217;est un jeu social clairement établi, avec ses décors et ses personnages (façade, « rôles sociaux »), avec ses règles et ses interdits, ses marges de liberté et d&#8217;improvisation possible (les techniques de réalisation dramatique, les possibilités de représentation frauduleuse, etc.). Le jeu est nommé, et cette désignation fait entrer le jeu dans une taxinomie sociale des situations. Pour la faire entrer dans cette classification, il faut une participation des acteurs qui projettent, de manière consciente ou non, une définition de la situation qu&#8217;ils ouvrent autour de leurs gestes et de leurs paroles. Mais il existe aussi, lorsque la situation est sur le point de virer, tout un attirail de techniques servant à <em>maintenir</em> le sens de la situation, et ainsi la définition de soi qui se trouve par là impliquée, face au danger toujours présent d&#8217;une dé-définition, d&#8217;un écroulement de la situation, sorte d&#8217;avant-goût d&#8217;une  dissolution du jeu social dans sa totalité (techniques de protection, ou « tact », et techniques défensives). Tito en visite au Etats-Unis, se trouve avec Kennedy face à une manifestation hostile; le président américain, profitant de l&#8217;ignorance supposée de la langue anglaise par son interlocuteur, lui précise que ces manifestants en ont après sa politique étrangère au Vietnam. Autrement dit, devant le risque d&#8217;effondrement de la situation, du sens qui la définit, le président américain met en œuvre une technique de protection, de tact, pour maintenir le sens de la situation (relations protocolaires, d&#8217;apparence, par définition, <em>cordiales </em>et conformes aux règles de <em>l&#8217;hospitalité</em>), et conjurer la <em>gêne</em> que pourrait provoquer l&#8217;effondrement de la situation, et cette sorte <em>d&#8217;anomie</em> qui en résulterait. Le danger qui guette toute situation instituée, c&#8217;est sa destitution, la perte de son sens dans l&#8217;indistinction a-signifiante. Le contraire de la situation c&#8217;est le <em>chaos</em>.</p>
<p align="justify">            Comme telle, la situation <em>donne lieu</em> à un ensemble de significations, elle en est la mise en site. Détruire le site, son apparence de naturalité, c&#8217;est non seulement détruire l&#8217;une des manifestations d&#8217;un ensemble de significations socialement établies, mais c&#8217;est aussi montrer sa précarité ; c&#8217;est montrer la possibilité pour ces significations de ne pas être, voire même, la possibilité d&#8217;autres significations. Si cet ensemble de significations qui me semble naturel ne l&#8217;est pas, le sens de mes actes perd tout fondement, toute <em>évidence</em>. Si l&#8217;ensemble des interactions qui prennent sens dans une situation donnée est réglé par un ensemble de codes culturellement et socialement institués, la destruction du caractère d&#8217;évidence de la situation est en même temps une manifestation de l&#8217;absence de fondement « naturel » des codes qui structurent et définissent une situation, et des actes accomplis quotidiennement, absence de fondement qui sera ressentie subjectivement comme une gêne.</p>
<p align="justify">            La spécificité des « émeutes » de Novembre 2005, c&#8217;est précisément qu&#8217;elles résistent, pour une grande part, à toutes les tentatives d&#8217;interprétation en termes de situations déjà connues, sagement rangées au tableau des significations sociales <em>reconnues</em> (au sens cognitif aussi bien que moral) : les situations habituelles (jouer à la pétanque, faire la queue, recevoir un hôte étranger) ne posent à l&#8217;observateur qu&#8217;un problème de récognition, non un problème de production du sens.</p>
<p align="justify">             La question qui se posait était alors la suivante : a-t-on affaire à une bande de jeunes délinquants, de « racailles » comme diraient certains, ou s&#8217;agit-il là d&#8217;une forme de manifestation politique, une protestation qui ne possède pas la capacité langagière de se formuler en revendications précises (mais est-il <em>sérieusement</em> envisageable de penser que ces « jeunes » ne sont <em>pas capables de dire et de voir</em> que le chômage est plus élevé dans leurs quartiers qu&#8217;ailleurs, que la discrimination à l&#8217;embauche les frappe de plein fouet, etc. ?), comme le pensent encore certains ? Sont-ce des bandes organisées, des étrangers (venant semer la discorde « <em>chez nous</em> »-pourquoi ?), ou des groupuscules incontrôlables de « sauvageons » ?</p>
<p align="justify">            Ce qui se profile derrière ces questions, ce sont les réponses pratiques qui leur seront données. Or pour ce faire, l&#8217;instance politique doit se donner une <em>prise</em> sur la situation, pour la gérer dans l&#8217;urgence-quitte à ne pas prévoir la suite. Or il se trouve que cette prise est fournie, entre autres, par les habitudes du langage, des grilles de projection de sens habituelles, en référence aux situations semblables.</p>
<p>           </p>
<p align="justify">            Le rapport de forces qui décide du <em>sens</em> des faits, qui se cristallise dans la dénomination de la situation, ce rapport de forces s&#8217;est concentré autour du sens que lui donnèrent les médias et la communication (quand bien même la communication gouvernementale s&#8217;était fondée sur des rapports de sociologues et des services des renseignements généraux), seules instances à proposer une interprétation ayant force de loi. L&#8217;interprétation médiatique de la situation présente cet avantage par rapport à celles que peuvent en proposer les acteurs, d&#8217;être simple, contrairement aux multiples motivations qui auraient existé, contrairement à l&#8217;idée même qu&#8217;une interprétation en termes de motivations serait déjà une imposition de sens. Elle possède aussi cet avantage d&#8217;être tout simplement <em>plus audible</em>, en ce double sens qu&#8217;elle ne heurte pas une oreille bien sensible à l&#8217;absence de significations reconnues d&#8217;une série d&#8217;évènements si « violents », et qu&#8217;elle est massivement diffusée. L&#8217;un des effets de cette ré-affirmation des <em>topoï</em> est leur renforcement : les jeux de signification proposés par les médias se <em>vérifient</em> par leur répétition, non seulement subjectivement, mais aussi objectivement : parmi les « casseurs » nombreux sont ceux qui furent tentés de justifier leur action en ayant recours à des motifs politiques considérés comme plus nobles. Ils se mettent donc à considérer leur action comme adéquate à la description médiatique qui en est donnée, ils se vivent réellement comme des protestataires inconscients. Loin de ces interprétations habituelles, une bonne part de ce qui s&#8217;est passé ne s&#8217;explique que si l&#8217;on laisse tomber ces cadres, ou plutôt, ne s&#8217;explique pas.</p>
<p align="justify">            On voit donc ici apparaître un couplage très efficace entre dispositifs de pouvoir, et dispositifs de production de savoir. Le fait de constituer la situation comme objet de savoir (émeutes urbaines, dont le mécanisme est déjà connu par les sociologues, et qui permet, pense-t-on, de pouvoir agir sur elles), rend possible, en intention, une intervention pratique sur cet objet. Si les instances traditionnelles du savoir ont joué leur rôle ( service des renseignements, sciences humaines, etc.), un rôle particulier doit être reconnu à l&#8217;action des médias et de la communication gouvernementale, un rôle qui se situe spécifiquement au niveau du langage.</p>
<p align="justify">            Les médias n&#8217;avaient pas d&#8217;autre choix (pas d&#8217;autre fonction ?), que de présenter une interprétation des « faits », qui, si elle se voulait prudente, n&#8217;en était pas moins une imposition de sens<a name="_ftnref1" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftn1" title="_ftnref1">[1]</a>. Il fallait que les médias fussent simplement capables de <em>dire de quoi il s&#8217;agissait</em>. Or pour faire cela ils ont recours à un langage tout prêt, non critique, qui implique tout un ensemble de connotations, et de représentations de nature idéologique. S&#8217;agit-il,  lorsque l&#8217;on parle de « violences urbaines »<a name="_ftnref2" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftn2" title="_ftnref2">[2]</a>, de signifier par ce terme la simple localisation spatiale des faits (parle-t-on souvent de « violences rurales » ?) pour les téléspectateurs myopes&#8230; ? L&#8217;urbain, comme substance ineffable dont se tisse les rapports entre les individus, comme substance de l&#8217;espace, comme matière sociale, morale et politique dont l&#8217;espace se tisse- l&#8217;urbain fut bien la toile de fond sur laquelle les évènements venaient se peindre et prendre leur sens, par l&#8217;acte, passé sous silence, de traduction des évènements dans la langue médiatique, la LQR<a name="_ftnref3" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftn3" title="_ftnref3">[3]</a>, cette langue idéologique inconsciente d&#8217;elle-même, la seule que les grands médias sachent parler. Il faut nommer les faits, dans l&#8217;urgence, leur donner un <em>titre</em> (quitte à ce qu&#8217;il soit un peu gros), pour pouvoir simplement parler de <em>« ce qui se passe »</em>. La situation se trouve alors définie aussitôt que nommée, elle existe aussitôt qu&#8217;elle est nommée. Autrement dit, l&#8217;acte de définition est en même temps une façon de porter à l&#8217;existence (du moins dans l&#8217;espace de visibilité et de dicibilité sociales) une situation. Ici la dénomination possède un pouvoir démiurgique, qui fait être l&#8217;état de fait « décrit » dans l&#8217;espace de représentation, mais aussi, puisque ces interprétations auront des effets  en retour sur le réel, dans les « faits ». On comprend alors que des possibilités d&#8217;action et de réaction sont ouvertes du fait de cette dénomination, de cette définition implicite, et ce à double titre : l&#8217;on agit en fonction de la signification de la situation, et l&#8217;on agit sur la situation en fonction de la signification qu&#8217;on lui « reconnaît ». Autant dire que cet acte de définition a une portée ontologique en même temps que politique.</p>
<p align="justify">             Les effets sur l&#8217;opinion publique d&#8217;une telle ontogénèse de la situation par le langage médiatique, se coupleront d&#8217;autant plus fortement avec les actions menées par les pouvoirs publics, que celles-ci reposent sur un même arrière-plan idéologique ; les individus qui participèrent aux émeutes l&#8217;ont fait pour des raisons que l&#8217;on peut analyser, et, en fonction de celles-ci, des « <em>réponses</em> » peuvent être apportée : grosso modo, l&#8217;alternative entre une interprétation politique musclée (il faut ramener le droit dans les zones de non-droit, redonner le sens du respect à la jeunesse), et une vision socialistement mièvre (les pauvres jeunes parias qui, ne sachant pas exprimer leur frustration sociale, décident de brûler des poubelles)- alternative laissée à la libre appréciation du jugement critique du citoyen-téléspectateur<a name="_ftnref4" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftn4" title="_ftnref4">[4]</a>, nullement influencé, comme on l&#8217;imagine, par les images apocalyptiques de noirs personnages encagoulés, sur fond de flammes infernales&#8230;. Rien de bien étonnant donc à ce que l&#8217;on ait vu la solution répressive être préférée à une tentative de modification profonde des conditions de vie, réelles, qui ont pu servir de condition de possibilité à une telle situation.</p>
<p align="justify">             Autre chose passée entièrement inaperçue dans les grands médias et quasi-entièrement dans les études sociologiques, c&#8217;est la dimension proprement ludique de ces événements. Or cette dimension ludique, ou « nihiliste », selon certains, jouerait un grand rôle dans les motivations qui ont présidé au passage à l&#8217;acte. Ce qui est particulièrement <em>angoissant</em>, ce n&#8217;est pas tant la possibilité (bien mince d&#8217;ailleurs) d&#8217;une guerre civile, que celle de l&#8217;absence apparente de sens qui structure la situation. Ici, les différents acteurs ne jouent pas le même jeu, ils ne projettent pas une même définition de la situation. Les motifs d&#8217;implication dans les émeutes étaient très complexes. Mais le fait que certains jouent un tel jeu grandeur nature, sur tout le territoire, sans que cette situation fasse partie de la taxinomie sociale des situations, voilà qui est pour le moins angoissant. La nature a horreur du vide. Or ici le jeu de massacre (automobile principalement) ne fait pas partie des jeux de sens connus, et ne semble pas en proposer un nouveau ; le chaos était dans les rues tout autant que dans l&#8217;ordre des significations sociales et politiques  reconnues.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">            Le problème de la dénomination s&#8217;est trouvé au cœur du travail des organes de production de savoir (organes d&#8217;information du gouvernement, justice, mais aussi universitaires, etc.). Au fondement des discours interprétatifs forgés ou relayés par les médias, se trouvent un certain nombre de schèmes de pensée produits, entretenus, et pour un part popularisés par des organismes de production du savoir. La notion de « violence urbaine » en est déjà un. Mais aussi, il est notable que de nombreuses interprétations causales des événements ont été proposées. Il s&#8217;agissait de décrypter le sens caché derrière les « faits » en fonction des causes qui leur avaient donné naissance. A titre d&#8217;exemple, les rapports des études du centre d&#8217;analyse stratégique<a name="_ftnref5" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftn5" title="_ftnref5">[5]</a>, commandés par le gouvernement, montrent la pertinence mais aussi les limites des ces types d&#8217;interprétations (chômage, sentiment d&#8217;exclusion et de discrimination, bandes de délinquants incontrôlables, révolte face au décès des deux « jeunes », etc.). Ici les causes de l&#8217;action se modulent subjectivement en motivations de l&#8217;acte. Or, s&#8217;il semble possible de faire un lien avec ces « données », il ressortirait des entretiens avec ceux qui ont participé aux « émeutes » que les motivations sont très diverses, et parfois même très confuses. Les rapports notent aussi une tentation, de la part des « jeunes », de justifier leur action par des motifs « nobles » (revendication sociale et économique, volonté de se faire entendre sur la place publique). Autrement dit, les « causes » auxquelles on attribue le déploiement de cette situation ne seraient que la toile de fond, les conditions de possibilité, mais à elles seules insuffisantes, d&#8217;une telle situation. Et ce n&#8217;est pas le décès de Zyed et Bouna, le rôle de déclencheur qu&#8217;on leur fait jouer, qui expliquent la « flambée » : des situations analogues se sont rencontrées ailleurs, mais les « émeutes » ne prirent pas la même ampleur<a name="_ftnref6" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftn6" title="_ftnref6">[6]</a>.</p>
<p align="justify">             Mais poser la question des émeutes de 2005 en termes de motivations constitue déjà une imposition de sens : c&#8217;est penser la succession des évènements en termes atomistes ou moléculaires, comme si les individus ou les groupes effectuaient une délibération à part soi, avant de décider ou non de plonger dans le feu de la bataille, et que la sommation des motivations « individuelles » permettait de dégager une espèce très particulière de volonté générale. On situe donc d&#8217;emblée les événements dans le cadre d&#8217;une pensée de l&#8217;individu, où le sens de la situation réside dans l&#8217;expression d&#8217;une volonté, collective ou individuelle, qu&#8217;elle soit consciente ou inconsciente (oh ! le bel aveu&#8230;). Or ramener les événements à l&#8217;expression d&#8217;une volonté permet de répondre ou non à cette volonté, ou du moins, de ramener la situation à une situation de « dialogue »- Qu&#8217;est-ce que tu cherches à me dire ? Qu&#8217;est-ce que tu veux ? Eh bien, parlons-en&#8230; A partir de là, une action politique peut se mettre en place, puisqu&#8217;une prise est offerte au politique sur la situation, par le biais d&#8217;une signification, celle d&#8217;une expression confuse, mal articulée, d&#8217;une volonté politique, qui se situe donc dans l&#8217;horizon d&#8217;un consensus que l&#8217;on pose comme possible, au moyen du débat rationnel et démocratique. Par là est court-circuitée l&#8217;idée qu&#8217;une façon non parlementaire d&#8217;exister dans l&#8217;espace politique soit possible, l&#8217;idée que les animaux bruyants aient la possibilité de manifester leur incommodante existence.</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">               La situation peut alors apparaître comme une manifestation du chaos lui-même. D&#8217;une part la situation fut présentée comme une situation chaotique ; mais ici le chaos n&#8217;est qu&#8217;un épithète de la situation, qui, en elle-même, ne perd pas sa consistance ; elle se trouve simplement qualifiée par une grande quantité d&#8217;actions apparemment désordonnées : une « émeute ». Mais plus fondamentalement, le chaos apparut ici comme absence de sens de la situation (c&#8217;est à dire en quelque sorte absence de situation), qui serait fondé sur une vérité existante en soi, à part des projections de sens par les différents acteurs de la situation. Le chaos renvoie donc ici à la condition signifiante des sujets, mais aussi à la possibilité de la production de ce sens à partir d&#8217;instances non signifiantes. Les individus vivent au sein du sens, et les situations en sont comme  les ports. Mais le chaos de la pleine mer n&#8217;est que l&#8217;absence d&#8217;un sens qui existerait à part soi, en dehors de tout rapport de force qui le produirait. Or ce rapport de force n&#8217;est pas uniquement assignable au seul niveau de la signification. Les actes mêmes que réalisèrent les « émeutiers », avant d&#8217;être réinterprétés (par eux-mêmes comme par les autres), ne se donnent pas nécessairement comme la réalisation d&#8217;un nouveau jeu de sens, mais en supportent la possibilité. Il y a donc un rapport particulier qui apparaît entre les actes non-signifiants ( en ce sens qu&#8217;ils ne sont pas encore « interprétés »), et le sens lui-même, en tant qu&#8217;il est continuellement produit et reproduit par des rapports de force : recouvrement, par les interprétations, d&#8217;actes « proto-signifiants », en ce sens qu&#8217;ils offrent des prises aux interprétations (cf. conditions réelles de vie des émeutiers et interprétation en termes de revendications politiques inconscientes, manifestation de perte du  sentiment du droit et qualité du lien entre les organes de police et la population de ces quartiers, etc.), et possibilité, manifestée ici, d&#8217;une percée des actes ou des configurations sensibles nouvelles, non encore ramenées au fait du sens, au travers de la couche de sens imposée par les interprétations. Comme si l&#8217;on tentait de contenir le grand bouillonnement non seulement des discours mais aussi des actes et de leur capacité à produire de nouveaux discours, de nouveaux jeux de sens&#8230;</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">              Peut-être alors a-t-on vu, à travers les flammes de 2005, la silhouette d&#8217;une nouvelle subjectivité politique, mais pas celle que les instances de pouvoir ont voulu y reconnaître. Peut-être a-t-on vu quelque chose aux conséquences politiques, mais qui, en soi, n&#8217;était rien d&#8217;autre qu&#8217;un jeu, un non-sens, une activité sans but autre que la recherche d&#8217;un plaisir qui pourrait poser de nouvelles règles du jeu. Peut-être a-t-on vu là une façon de ne pas se laisser assujettir politiquement, au sens où l&#8217;on prit plaisir à lutter contre la police, et à le faire sans avoir en tête une série de revendications politiques reconnues, même si les conditions réelles de vie des individus ont pu jouer le rôle de conditions de possibilité d&#8217;apparition de l&#8217;événement. Peut-être a-t-on vu là une manière de proposer de nouvelles logiques de subjectivation, affranchies de toute référence à un pouvoir que l&#8217;on voudrait influencer dans son action, de manière à ce qu&#8217;il réponde à des attentes conformes à la logique communicationnelle de l&#8217;espace parlementaire ? <em>Une nouvelle façon de ne pas être un sujet politique ?</em></p>
<p>            Mais l&#8217;on touche ici à la limite du discours, qui ne peut que produire du sens, quand on voudrait cerner le moment d&#8217;émergence du sens à partir du non-sens.</p>
<p>G.C.</p>
<hr SIZE="1" width="33%" align="left" /><a name="_ftn1" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftnref1" title="_ftn1">[1]</a> C&#8217;est sans doute entre la prise de conscience de ce fait et la volonté « déontologique » de prendre acte de leur responsabilité dans la propagation de l&#8217;Interville des voitures brûlées, qu&#8217;il faut chercher les raisons du « silence radio » qui entoura les heurts de Cergy. Quelle que soit la raison profonde de ce silence, elle participe en tous cas du rôle que jouèrent les médias en 2005 dans la constitution du sens de la situation, en ce sens que la décision de parler ou non des « événements » de Cergy leur donnait sens et existence, et que ce discours pouvait avoir des effets dans le champ pratique et politique.<a name="_ftn2" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftnref2" title="_ftn2">[2]</a> Catégorie ô combien vague et fluctuante, dont on pourra voir une critique, chez ceux même qui sont censés la mesurer : Ocqueteau Frédéric, « Peut-on définir les violencesurbaines ? », Rapport de l&#8217;INHES/OND, 2006, de même que la note externe de veille n°31 du centre d&#8217;études stratégiques (<a href="http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteExterneDeVeille31.pdf">http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteExterneDeVeille31.pdf</a>).<a name="_ftn3" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftnref3" title="_ftn3">[3]</a> <em>LQR la propagande du quotidien</em>, Eric Hazan.<a name="_ftn4" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftnref4" title="_ftn4">[4]</a> La presse papier fit alors fleurir en ses feuillet une profusion <em>d&#8217;images</em> de véhicules calcinés, de graphiques inspirés de ceux présentés par la télévision, où furent notés au jour le jour les véhicules brûlés par agglomération.</p>
<p><a name="_ftn5" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftnref5" title="_ftn5">[5]</a> Une tentative de synthèse nationale des évènements (<a href="http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Violences_urbaines_-_Evenements_acteurs_-_dynamiques_et_interactionsvf.pdf">http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/Violences_urbaines_-_Evenements_acteurs_-_dynamiques_et_interactionsvf.pdf</a>), et surtout deux études détaillées de cas (<a href="http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/CAS_Violence_web.pdf">http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/CAS_Violence_web.pdf</a>), qui montrent clairement quelles motivations « ont poussé » les émeutiers  à participer, et quelles motivations, présentées comme plus louables du point de vue de l&#8217;opinion publique, ont pu être par eux reprises pour justifier ce qui ne semblait pas susceptible de l&#8217;être.</p>
<p><a name="_ftn6" href="http://diffractions.wordpress.com/wp-admin/post.php?action=edit&amp;post=65#_ftnref6" title="_ftn6">[6]</a> Voir la note de veille n°31 du centre d&#8217;études stratégiques (disponible à l&#8217;adresse suivante : <a href="http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteExterneDeVeille31.pdf">http://www.strategie.gouv.fr/IMG/pdf/NoteExterneDeVeille31.pdf</a> )qui fait une comparaison internationale de ce type de situations, on l&#8217;on note que, si le schéma de déroulement de ces « émeutes » est souvent le même, la durée et l&#8217;intensité d&#8217;une telle « flambée de violence » résiste aux interprétations habituelles.</p>
<br /><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/categories/diffractions.wordpress.com/65/" /> <img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/tags/diffractions.wordpress.com/65/" /> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gocomments/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/comments/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godelicious/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/delicious/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gofacebook/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/facebook/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gotwitter/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/twitter/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/gostumble/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/stumble/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/godigg/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/digg/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <a rel="nofollow" href="http://feeds.wordpress.com/1.0/goreddit/diffractions.wordpress.com/65/"><img alt="" border="0" src="http://feeds.wordpress.com/1.0/reddit/diffractions.wordpress.com/65/" /></a> <img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=diffractions.wordpress.com&amp;blog=1110109&amp;post=65&amp;subd=diffractions&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></content:encoded>
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		<title>du sens</title>
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		<pubDate>Mon, 17 Sep 2007 05:52:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>diffractions</dc:creator>
				<category><![CDATA[Ethique]]></category>
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		<description><![CDATA[1. Le sens n’est pas la signification. La plupart du temps, c’est-à-dire lorsque nous produisons des phrases, nous entendons pour synonymes (comme ayant même sens, ou signification) les concepts de « sens » et de « signification » : en gros, ce que l’on donne comme réponse à la question « qu’est-ce que cela veut dire ? ». Cette illusoire synonymie est, [...]<img alt="" border="0" src="http://stats.wordpress.com/b.gif?host=diffractions.wordpress.com&amp;blog=1110109&amp;post=59&amp;subd=diffractions&amp;ref=&amp;feed=1" width="1" height="1" />]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p align="justify"><strong>1. Le sens n’est pas la signification.</strong></p>
<p align="justify">La plupart du temps, c’est-à-dire lorsque nous produisons des phrases, nous entendons pour synonymes (comme ayant même sens, ou signification) les concepts de « sens » et de « signification » : en gros, ce que l’on donne comme réponse à la question « qu’est-ce que cela veut dire ? ». Cette illusoire synonymie est, à mon avis, bien trompeuse tant ces deux concepts réfèrent à des dispositifs, certes pas tout à fait étrangers, mais bien différents voire opposés.</p>
<p>La signification est l’opération par laquelle un signifiant appelle (il en est l’autre face) un signifié. La signification attache donc, de la manière la plus univoque possible, un mot à une idée. L’idéal de la signification est la définition du dictionnaire.</p>
<p>Le sens, par contre (dont s’occupe la philosophie &#8211; et c’est pourquoi les définitions des dictionnaires ne conviennent jamais à la problématisation des concepts), au lieu de ficeler un mot à une idée, <em>compose des multiplicités</em>. On ne parlera pas de la signification d’une phrase mais de son sens (composition, selon la grammaire, des significations), tout comme on préfèrera parler du sens d’un poème ou d’un concept (un concept articule par essence une multiplicité de significations dont l’articulation (dont la composition dans un sens) est, entres autres, l’enjeu pour un dissertateur de Terminale ou d’ailleurs). Une phrase a du sens s’il est possible d’exhiber une règle qui puisse rendre compte de l’agencement ou de la composition des éléments (mots, ponctuation) qui la composent.</p>
<p align="justify">Le bon sens correspond à la manière « normale » (c’est-à-dire admise, non questionnée) de composer les significations. En tant que tel, le bon sens est le devenir signification du sens (ou le devenir catachrèse des métaphores).</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><strong>2. Le sens est l’Idée.</strong></p>
<p align="justify">Le sens est un processus immanent à l’ordre d’une phrase, alors que la signification d’un mot gît ailleurs (dans un dictionnaire) qu’en lui-même. La composition des significations produit des effets d’intelligibilité. J’appelle ces effets le sens. On compose des significations selon la règle (syntaxe, grammaire) et dans l’écart à la règle (style). Il existe dans tous les cas une loi de composition pour lier ensemble le divers qui, garante d’une forme d’harmonie, est ce qui <em>fait sens</em>. Ou plutôt, car souvent cette loi semble faire défaut, on (par exemple un lecteur) comprend quelque chose d’une composition à partir du moment il trouve, où il créé, une telle loi qui, organisant la multiplicité selon une harmonie même abusivement prêtée, ouvre un monde (cosmos, harmonie structurant ou composant la multiplicité des étants). La phénoménologie croyait trouver un nouvel objet en interrogeant le sens plutôt que, ainsi que le faisaient les anciens, de Platon à Hegel, l’Idée. Mais <em>le sens est l’Idée </em>: un horizon d’agencement du divers (celui-ci pouvant contenir, comme dans le cas des mots, des significations). Le sens est l’Idée d’une phrase &#8211; le sens d’un tableau est l’Idée esthétique qu’il met en scène, etc. En tant qu’il permet les significations (détermination de celle des mots polysémiques, etc.), le sens est la condition de possibilité du repérage des significations. Pourtant il est immanent à leur composition. Le sens est donc le <em>transcendantal immanent </em>des significations ou, si l&#8217;on veut, leur <em>rythme </em>(qu&#8217;on se figure une composition musicale du sens &#8211; composition des multiplicité, ouverture d&#8217;un monde et d&#8217;une temporalité - sans signification).</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><strong>3. L’art du sens.</strong></p>
<p align="justify">En tant qu’horizon de composition, le sens n’est pas décidable : il n’y a pas de dictionnaire du sens. Il est au contraire toujours à recréer. Le sens est ouvert, à discuter (il s’offre la philosophie) : l’art présente, en tant que création de sens, l’opération de composition du divers dans toute sa pureté &#8211; et notamment lorsqu&#8217;il n&#8217;est pas figuratif ou référentiel (la musique, l’architecture, la peinture abstraite), en tant qu&#8217;<em>acte immanent de création d’un monde</em>. Le sens est l’élan ouvert (contrairement à la signification) vers le monde, l’horizon dans lequel les significations se synthétisent, c&#8217;est-à-dire le Rythme. L’Idée ou le sens, ou la totale arabesque qui relie et compose les figures, en tant qu’ouvert, en tant qu’indécidable ou toujours à discuter, à créer et recréer, est identique au Mystère : le sens d’une œuvre, ce n’est pas <em>ceci</em> ou <em>cela</em>, mais sa capacité à générer une multiplicité de significations, mouvantes, qui passent les uns dans les autres, etc. Quelque chose qui n’a pas de sens, c’est quelque chose non qui n’a pas de signification, mais <em>qui n’accroît pas la possibilité de signifier</em>. Par exemple, si tu me demandes quelle heure il est et que je réponds « bleu », cela n’a pas de sens. Pourtant, « bleu » a une signification très précise. Pourquoi cela n’a pas de sens, parce que répondre « bleu », cela n’ouvre aucun monde possible, cela ne permet pas d’augmenter le monde d’une action, d’ouvrir un champ pour l’action. Ou encore, je ne t‘ai pas fourni une réponse que tu puisses, selon une loi de composition, synthétiser avec le reste du monde que tricotent autour de nous nos phrases. « Bleu » n‘est pas composé, et c‘est pourquoi il n‘y a pas de sens à réponde ceci. Mais si, par exemple, « bleu » est une réponse codée, et que j’attendais ou bien « bleu » ou bien « non-bleu », alors répondre « bleu » a un sens. La réponse est alors synthétisée dans les mailles tissées du sens ; la conversation continue, selon le dialogue, jusqu’à la plus haute densité de l’Idée (suivez mon regard).</p>
<p align="justify">Lorsque je dis : « le dogme est blocage du sens », je ne veux pas dire que le dogme bloque la signification, mais qu’au contraire il rigidifie dans des significations (et donc les tue, tant <em>la signification </em>seule<em> est la mort du sens</em>).</p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify"><strong>4. Ethique du sens.</strong></p>
<p align="justify">En tant que processus ouvert (jamais achevé) de synthèse du divers, la signification est la mort du sens comme <em>processus infini de significat_ion. </em>L’art est la vérité de la vie : ou plutôt <em>la vie est de l’art mort </em>car la vie dort sur le <em>bon </em>sens. La conversation courante est un tas de poèmes endormis, qu’il conviendrait, peut-être, de réveiller. C’est le rôle, en tous cas, du professeur de philosophie.</p>
<p align="justify">Le moraliste vit dans les catachrèses et le nihiliste dans un chaos stérile. S‘il est composition du divers, le sens se produit toujours à partir du non-sens, ou encore le sens est un résultat obtenu en composant ce qui n’en n’a pas. <em>Le sens est donc le devenir monde du chaos</em>. Les valeurs ne nous préexistent pas, elles ne flottent pas dans un ciel immémorial : <strong>le sens</strong> (inachevé, inquiet, toujours à recréer) <strong>est la valeur</strong>.</p>
<p align="justify">Moralistes et nihilistes ne voient que le <em>bon sens</em>, l&#8217;un pour y suspendre la raison de ses actes, l&#8217;autre pour s&#8217;en offusquer à boulets rouges. Je me risquerai bien modestement à proposer une tierce éthique, synthétisant et dépassant le nihilisme et la moraline, parcourant de l’un à l’autre un mouvement (de composition) jamais achevé, toujours inquiet : une éthique de fidélité au chaos (dont le bon sens, et tous les recouvrements dogmatiques, sont la trahison) dont l&#8217;objet soit bien la valeur, mais la valeur en train d&#8217;émerger comme une écume à la surface du chaos, c&#8217;est-à-dire, en somme, une éthique du sens <em>se faisant.</em></p>
<p align="justify">&nbsp;</p>
<p align="justify">P. V.</p>
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